Ce qu' il faudrait vraiment dire, si nous ne nous laissions pas intimidés

Diwan, école associative, laïque et gratuite, occupe depuis sa création le site de l'ancienne école des Récollets, mais d'école elle n'a que le nom. Les bâtiments scolaires ayant été destinés à d'autres usages suite à la fermeture de l'école publique, les 60 enfants partagent leur cour avec 2 associations (Ludothèque, Bridge) et l'inspection d'académie. Ils n'ont ni salle de sieste, ni préau, ni salle de garderie, ni salle de motricité. Malgré un loyer versé à la Ville de 7000 euros/an, ces bâtiments ne bénéficient d'aucune attention particulière de la part des services municipaux. Une table glanée ici ou là à chaque rentrée et estimez-vous heureux. Pourtant, il s'agit d'une TRES BELLE ECOLE, idéalement placée entre l'île des Récollets, le château et la future médiathèque. PONTIVY aurait tout à gagner à parier sur le développement de Diwan, pour redonner à l'école des Récollets sa fonction première. Une école reste une école.

Chaque année, DIWAN fait le plein, avec cette question récurrente de l'inadaptation des locaux. Et la Ville, propriétaire de l'ensemble architectural, voudrait nous laisser croire que ce n'est pas son problème, qu'elle n'a pas de marge de manoeuvre, qu'elle n'est pas en mesure d'anticiper d'une rentrée sur l'autre ? Je crois quant à moi, qu'il y a un net parti pris dans la non gestion de ce problème et un double discours, qui a dupé trop longtemps les parents : des familles fortement impliquées dans le financement de cette jeune école, mais également solidaires d'un réseau régional sans lequel l'école DIWAN BRO PONDI n'existerait pas.

Assez de discours, de promesses non tenues, assez d'affichage, ce dont Diwan a besoin, c'est d'une vraie volonté politique et des actes.

Vous affirmez souvent, Monsieur le Maire, notamment dans le domaine culturel, qu'il est normal que Pontivy joue son rôle de Ville Centre. Je vous le demande : quelle est la raison majeure pour laquelle cette ambition ne semble pas s'appliquer aussi simplement à l'enseignement bilingue ? Qu'il soit public, privé, ou associatif, cela ne devrait rien changer à l'affaire. Car cette offre éducative relève aussi d'une priorité culturelle. Pour ma part, je me félicite de vivre dans une ville qui offre à tous la possibilité de choisir, monolingue, bilingue, immersion, dans le système de son choix, public, privé ou associatif.

Hormis une classe bilingue à Cléguérec, ce sont nos seuls effectifs sur le territoire. Redon, en plein pays gallo, fait mieux que nous. C'est donc qu'il doit être possible de soutenir l'enseignement du breton, quand les élus décident de s'en donner les moyens.

L'évolution des effectifs du réseau Diwan à l'échelle régionale prouve que cette offre éducative répond à une demande sociale. L'ensemble de la population est favorable à l'enseignement du breton et perçoit mal d'où viennent les freins. Cela fait des années que l'on nous promène dans un imbroglio incompréhensible, tout le monde se renvoie la balle et aucun élu du territoire ne s'attaque aux vraies questions. Or le fait est que, dans ce cas précis, ce sont les élus et eux seuls, qui ont la clé du problème.

Mais quel discours tiennent-ils ? « Serrez-vous encore un peu plus ou arrêter de prendre des inscriptions », ou alors « après tout, rien ne vous oblige à rester à Pontivy, vous pouvez créer une école ailleurs. » Traduction institutionnelle : nous ne pouvons donner suite à votre demande. Or ce qui pollue un débat qui n'existe pas (puisqu'on ne cherche pas de solution, inutile d'en parler), ce sont des questions d'ordre idéologique. Je regrette profondément notre incapacité collective à oeuvrer pour une plus grande prise en compte de ce qui fait notre force dans un contexte où tous les territoires, toutes les régions deviennent concurrentes. La langue est le creuset de l'identité, la marque de notre singularité, de notre imaginaire collectif.

En tant qu'élue UDB, membre de la majorité municipale, je repose donc la question au conseil municipal de Pontivy. Oui ou non, souhaitez-vous conduire une politique cohérente avec les engagements que vous avez pris en signant la charte Ya d'ar brezhoneg, ambition que nous avons réaffirmé ensemble durant la campagne électorale ? Je ne vois pas comment on peut dire Oui au breton et opposer des fins de non recevoir aux besoins exprimés par l'école Diwan.

Je vous invite à reconsidérer la question posée, en mettant de côté les amalgames, les fausses excuses. Nous devons rompre avec l'inertie et l'indifférence. Les enfants n'ont pas à pâtir de nos insuffisances. Monsieur le Maire, vous avez reconnu que les conditions de scolarisation de ces enfants n'étaient pas idéales, loin de là. L'école Diwan a besoin de plus de place, et nous devrions déjà raisonnablement anticiper la création du 4ème poste. Alors je vous demande, au nom des citoyens qui vous ont accordé leur confiance, de prendre toutes les mesures nécessaires et d'apporter aux parents les réponses sur lesquelles vous vous étiez engagé, notamment pour soutenir leurs démarches auprès des communes extérieures. Il est anormal que cette question, aussi bien celle des locaux que celle des forfaits scolaires, reste encore posée dans les mêmes termes au bout de temps d'années.

Merci – Je demande à ce que cette intervention soit retranscrite dans le compte-rendu en breton pour les générations futures, pour qu'elles se souviennent des efforts qui sont les nôtres, pour que le breton soit reconnu et traité comme une langue vivante, ce qu'elle est, et non comme une langue morte, ce qu'elle sera, si nous ne prenons pas nos responsabilités.

 

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