Bienvenue dans mon labo grandeur nature présenté aux élus locaux
A l'occasion des Journées de Patrimoine de Pays et des Moulins 2013, l'association TIMILIN avait convié les élus des communes 22 et 56 plus directement concernées par le travail de thèse de Lucie Jeanneret sur le site historique MOTTEN MORVAN, avant son ouverture au public.
15 élu-es ont donc pu, samedi matin, rencontrer l'équipe LABO au complet : Lucie Jeanneret, présidente de TIMILIN, Aram Samb, secrétaire, Philippe Perron, architecte du patrimoine associé, Victorien Leman, volontaire en charge de la coordination du projet Bienvenue dans mon labo granderu nature. Présentation rapide de l'historique concernant le site MH et le peu de connaissances s'y rapportant jusqu'à présent, présentation des différents axes de travail mis en oeuvre par TIMILIN pour sortir cette histoire de l'oubli et donner au territoire l'opportunité d'une expérimentation financée par la Région et l'Europe, le tout dans le cadre étonnant de cet espace remarquable de 3 ha que l'association investit pour l'instant une fois l'an, pour le faire découvrir au grand public, faute de pouvoir faire mieux pour le moment.
La visite guidée par Lucie, ainsi que l'exposition éditée spécialement pour cette 16ème édition des Journées du patrimoine de Pays ont permis aux élus de s'immerger dans cette histoire locale méconnue des Xè, XIè et XIIème siècle. Très étonnés par la motte en elle-même, son état de conservation, ils ont pu entendre les questionnements que TIMILIN souhaite partager avec eux et les habitants. Que veut-on faire de ce site soi-disant protégé ? Vaut-il mieux le laisser à l'abandon, après tout, cette architecture de terre a déjà su résister à mille ans d'évolution ? Choisit-on de laisser le site en l'état au risque de voir à la prochaine tempête les arbres déracinés emporter dans leur chute ce qui permet encore aujourd'hui de se faire une idée assez précise de l'existence de cette ancienne fortification médiévale en surplomb du Blavet ?
Intérrogée par la propriétaire du site sur l'intérêt de Motten Morvan au regard des 50 autres sites médiévaux étudiés sur le secteur dans le cadre de sa thèse, Lucie Jeanneret a expliqué aux élus que le premier atout de ce site, au-delà de sa conservation exemplaire, était son accessibilité. En effet, il est très difficile d'avoir accès à ces mottes féodales, les propriétaires sont souvent réticents à ouvrir leur propriété au public, et parfois même à autoriser les scientifiques à venir y travailler. L'autre spécificité du site de Saint-Aignan, qui encourage à réfléchir à sa valorisation, c'est sa situation au coeur du village du Corboulo, village qui n'apparaît que très tardivement dans les documents, à l'époque moderne (XVII-XVIIIème) et dont on ignore encore aujourd'hui dans quelle mesure son histoire peut on non être rattachée à celle de la motte castrale.
Enfin, d'un point de vue architectural, cette motte du Corboulo présente un intérêt particulier dans la mesure où elle ne correspond pas au modèle de l'époque, dont on retrouve par exemple une trace dans la toponymie à Séglien, près d'un autre site historique splendide : Coat an faou, à savoir ROND, thématique de cette 16ème édition. Au Corboulo, le relevé topographique réalisé en 2009 lors de la première campagne d'exploration de Lucie Jeanneret a révélé que la base et l'élévation de cette construction de terre était non pas ronde mais carrée, reprenant la forme de la tour de 10mx8m qu'elle supportait et dont les fondations en pierre ont été attestées dès 1900 lors des fouilles d'Aveneau de la Grancière.
Il est intéressant d'ailleurs de rappeler que celui-ci avait dû être décu par sa découverte, car il pensait avoir à faire à un tumulus, indication qui illustre comment même dans la recherche historique, la science relève aussi d'influences et des représentations sociales d'une époque, raison pour laquelle en Bretagne, malgré une histoire particulièrement riche, le moyen-âge reste encore si peu valorisé, en dehors des manifestations festives qui permettent à certaines villes, comme Vannes, Dinan, Guérande, d'offrir au public de très belles fêtes historiques.
En Centre-Bretagne, l'opportunité de l'obtention espérée du label Pays d'art et d'histoire en 2014 pourrait changer la donne, et ce notammant grâce à l'approche innovante de l'association TIMILIN qui a permis de méler dans une même démarche un travail scientifique de type universitaire et une ambition très clairement inspirée des principes de développement durable réaffirmé dans l'Agenda 21 de la Culture, avec à la clé la mise en place d'un projet éducatif territorial qui va pouvoir mobiliser de nouvelles énergies dans les communes, comme nous y engage une circulaire récente de l'Education nationale (3 mai 2013), laquelle explicite les nouvelles obligations en matière de parcours d'éducation artistique et culturelle.
C'est d'ailleurs le seul bémol à apporter à cette inauguration d'hier, à laquelle assistaient aussi d'autres jeunes responsables associatifs qui ont fait le choix du Centre-Bretagne : Cédric, président de l'association Non Lieu, Ben, président de Riboul, galettes et compagnie, ou moins jeunes, comme Jean-Paul Eleudut, du Pays du Roi Morvan. Ce bémol, c'est l'absence de représentants d'établissements scolaires, de l'inspection académique, via le BAPE Loudéac-Pontivy, structure réseau de l'EN pourtant associée à l'élaboration du projet depuis bientôt 3 ans. Lucie Jeanneret et Françoise Ramel était d'ailleurs intervenues le 6 juillet 2012 lors de l'AG du BAPE à Plémet pour faciliter la mise en place des partenariats avec les collèges et lycées. Car les référentiels de l'Education nationale sont le premier argument pour défendre avec les élus locaux l'idée d'un avenir pour le site historique du Corboulo : les mottes féodales et le développement durable sont au programme de la classe de 5ème.
Cette absence inexpliquée n'empêchera pas heureusement le projet d'aboutir et dans des délais qui ne permettent plus aujourd'hui de prendre le moindre retard. TIMILIN a obtenu la validation du programme LEADER il y a seulement 2 mois, alors que l'aide régionale est acquise depuis fin 2011 pour une réalisation qui doit intervenir au plus tard fin 2014. S'assurer de l'intérêt exprimé hier par la quinzaine d'élus qui ont fait le déplacement, et notamment par le maire de Saint-Aignan, Stéphane Le Coz, désireux d'associer TIMILIN à la réflexion sur les rythmes scolaires, ainsi que par Roland Le Lostec, maire de St-Connec et vice président du CAC Sud 22, était une étape essentielle pour continuer à aller de l'avant.
La ville de Pontivy a aussi répondu présente à l'invitation et c'est d'ailleurs dans la tour d'honneur du château des Rohan que sera inaugurée dans un an la diffusion de l'exposition multimodale Bienvenue dans mon labo grandeur nature. Cette décision récente que l'on doit à la mobilisation de Victorien Leman recruté en jenvier dernier pour mener à bien les opérations, témoigne du crédit que TIMILIN a su acquérir au fil du temps sur un sujet a priori peu mobilisateur, alors qu'il peut s'avérer très fédérateur à l'échelle du territoire. Mais il reste encore pas mal de pain sur la planche pour aller au bout de l'ambition collective, même si toutes les conditions sont désormais réunies pour relever ce beau challenge en Centre-Bretagne.